La cellule souche est un concept biologique fascinant : une cellule non spécialisée, qui conserve la capacité de se différencier en de nombreux types cellulaires différents. Elle est tout en puissance, rien en acte. C'est un état de potentialité pure.
La puissance contre l'acte
En philosophie aristotélicienne, la distinction entre puissance et acte est fondamentale. La cellule souche est du côté de la puissance : elle peut devenir neurone, cellule musculaire, cellule hépatique. Mais elle n'est encore rien de tout cela. Son potentiel est intact, précisément parce qu'elle n'a pas encore choisi.
Je pense souvent à cela au début d'une nouvelle série. La toile vierge, le carnet blanc : un état de cellule souche artistique. Tout est encore possible. La première touche de peinture est le premier acte de différenciation. Et à mesure que l'œuvre progresse, les possibles se réduisent : chaque choix élimine des alternatives.
Une série en cours
Je travaille actuellement sur une série qui explore formellement ce concept. Des toiles qui commencent toutes par la même structure centrale — une forme circulaire indifférenciée — et qui évoluent vers des identités plastiques très différentes. La série entière forme un arbre de différenciation visuelle.
Ce projet est particulièrement excitant parce qu'il intègre la notion de processus d'une façon très directe : l'œuvre finale ne peut pas être comprise sans la série, et la série ne peut pas être comprise sans le concept biologique sous-jacent. La biologie cellulaire n'est plus simplement une source d'images, elle devient une structure narrative et formelle.
