Tout commence par une image vue au microscope confocal : une cellule en division, prise au moment précis où les chromosomes s'alignent en équateur avant de se séparer vers chacun des pôles. Cette image — à la fois précise comme un schéma technique et mystérieuse comme une danse — a déclenché quelque chose en moi.
La prophase comme ouverture
Dans chaque mitose, il y a une dramaturgie. La prophase est l'acte I : la chromatine se condense, les chromosomes apparaissent comme des personnages qui entrent en scène. La cellule se prépare, elle mobilise ses ressources. Sur la toile, j'ai traduit cette phase par des formes qui émergent du fond sombre, progressivement plus définies.
La métaphase, elle, est le moment de la tension maximale : tous les chromosomes s'alignent, retenus par les microtubules du fuseau achromatique. C'est un équilibre précaire, une chorégraphie millimétrée. Dans la série "Mitoses", la toile correspondante est la plus symétrique, presque géométrique.
Peindre le mouvement figé
Le défi central de cette série était de rendre visible le mouvement dans une image fixe. J'ai utilisé des glacis successifs, des couches translucides qui créent une impression de profondeur temporelle autant que spatiale. Le spectateur perçoit une direction, une intention, sans que rien ne soit explicitement narratif.
Les couleurs ont été choisies pour leur résonance avec les colorants biologiques : le Hoechst pour le bleu des noyaux, la rhodamine pour les rouges des mitochondries, le vert du GFP pour les protéines fluorescentes. Ces teintes sont celles de la vie observée en laboratoire, transposées dans une gamme artistique plus libre.
Résultat : douze toiles
La série "Mitoses" compte finalement douze toiles, correspondant aux douze phases majeures que j'ai distinguées dans le processus de division. Chaque toile est autonome, mais elles forment ensemble une séquence cohérente — une œuvre totale que l'idéal serait de voir réunie dans un même espace.
La série a été exposée pour la première fois en février 2026 à Rennes, dans le cadre de l'exposition "Regards sur le vivant". La réception du public scientifique a été particulièrement émouvante : des chercheurs ont reconnu des structures spécifiques, commenté la précision des formes, tout en appréciant ce que l'art y ajoutait d'indéfinissable.
