La membrane plasmique est l'une des structures les plus fascinantes du vivant. Elle n'est pas une paroi rigide, mais une interface dynamique, semi-perméable, en perpétuel remaniement. Elle définit le dedans et le dehors, mais laisse passer ce dont la cellule a besoin. C'est une frontière intelligente.

La frontière en art

En peinture, la frontière entre les formes — ce qu'on appelle le contour — est aussi une question fondamentale. Une ligne dure isole, sépare, clarifie. Une limite floue crée de l'ambiguïté, de la continuité, de la relation. Dans mes œuvres, j'explore souvent cette zone entre deux structures cellulaires : cet espace de transition qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre.

La membrane cellulaire m'a appris à valoriser ces zones interstitielles. Ce qui se passe à la frontière est souvent plus intéressant que ce qui se passe au centre.

Détail membrane — série Frontières

La bicouche lipidique comme modèle formel

La structure de la membrane — une bicouche de phospholipides avec leurs têtes hydrophiles tournées vers l'extérieur et leurs queues hydrophobes à l'intérieur — est un modèle formel d'une beauté rare. Deux rangées de molécules orientées en miroir, formant ensemble une zone de passage sélectif.

J'ai traduit cette structure dans une série de petits formats (30×30 cm) où deux zones de couleur sont séparées par une bande étroite, double, aux propriétés visuelles différentes des deux côtés. Un exercice formel rigoureux, presque conceptuel, mais ancré dans le biologique.

Ces réflexions sur les limites nourrissent ma pratique bien au-delà des œuvres directement inspirées des membranes. Chaque toile est maintenant pensée aussi dans ses relations avec les bords du châssis, avec l'espace qu'elle occupe dans une salle.