La question de la couleur est centrale dans mon travail. Comment représenter des structures que l'œil nu ne voit jamais, et dont les couleurs "réelles" dépendent des colorants fluorescents utilisés en laboratoire ? C'est une liberté immense — et une contrainte paradoxale.
Les couleurs de la science
En immunofluorescence, les scientifiques utilisent des anticorps couplés à des fluorochromes pour visualiser des protéines spécifiques. Le résultat : des images souvent sur fond noir, avec des structures qui brillent en vert, rouge, bleu ou jaune. Ces couleurs ne sont pas "naturelles" — elles sont conventionnelles, liées aux fluorochromes choisis. Mais elles ont acquis une esthétique propre, reconnaissable.
Je me suis approprié cette palette tout en la libérant. Dans mes peintures, le vert du GFP devient un vert plus lumineux, plus chaud. Le bleu du DAPI se déploie dans toute sa gamme, du bleu-violet au presque blanc. Les structures se détachent sur des fonds sombres, comme elles le font dans les images de microscopie confocale.
La technique du glacis
Pour obtenir cet effet de transparence et de profondeur, je travaille à l'huile par glacis successifs. Chaque couche, très diluée dans un médium à séchage lent, est appliquée sur la précédente une fois sèche. L'accumulation de ces couches crée une profondeur optique qui rappelle la vision à travers un microscope : on a l'impression de regarder à travers quelque chose.
C'est un processus lent, qui demande de la patience et une anticipation précise du résultat final. Une erreur de ton dans les premières couches peut déséquilibrer l'ensemble. Mais c'est aussi ce qui rend chaque toile unique et irréproductible.
La collection "Organites" pousse cette technique encore plus loin : jusqu'à quinze glacis pour certaines toiles de la série, ce qui leur confère une quasi-luminosité de l'intérieur.
