Pendant trois semaines en janvier 2026, j'ai eu l'immense privilège de travailler au sein d'une unité de recherche en biologie cellulaire du CNRS à Rennes. Ce n'était pas une visite de courtoisie : j'y avais mon propre espace de travail, à côté des paillasses et des microscopes.

L'entrée dans l'espace scientifique

La première semaine a été une semaine d'observation pure. J'ai regardé les chercheurs travailler, posé des questions, compris les protocoles. Ce qui m'a frappée d'emblée : l'attention, la patience, l'amour du détail. Ici aussi, on regarde longtemps avant d'agir. Le laboratoire et l'atelier partagent cette temporalité de contemplation.

J'ai pu assister à des séances de microscopie confocale en temps réel — voir, sur un écran, des cellules vivantes en division. C'est l'une des expériences les plus saisissantes de ma vie : voir la vie se produire, en direct, à l'échelle du micromètre.

Esquisses nées de la résidence CNRS

Premières esquisses

Dès la deuxième semaine, j'ai commencé à dessiner. Non pas en copiant les images de microscopie, mais en laissant les formes vues s'imprimer dans ma main, dans mon geste. Les carnets de cette période sont remplis de courbes, de cercles imparfaits, de lignes qui cherchent des structures sans les nommer.

Un chercheur m'a dit un jour de cette résidence : "On cherche des règles, vous cherchez des exceptions." C'est une différence fondamentale de posture. Le scientifique veut comprendre le principe général ; l'artiste est attirée par l'anomalie, le cas particulier, la cellule qui ne ressemble pas aux autres.

Restitution et exposition

La résidence s'est terminée par une restitution publique le 28 janvier, où j'ai présenté les premières esquisses et esquissé les grandes lignes de ce que deviendrait la série "Organites". Les chercheurs présents ont réagi avec une générosité qui m'a profondément touchée : ils reconnaissaient leurs formes, mais dans un langage qui leur était étranger, et cela semblait les réjouir.